Je viens d’écouter une vidéo consacrée à la neuroatypie et au haut potentiel, avec Béatrice Millêtre. Sujet délicat, parce qu’il attire à la fois les simplifications paresseuses et les grandes déclarations un peu mystiques. D’un côté, on vous explique que tout le monde est zèbre dès qu’il oublie ses clés. De l’autre, on transforme la moindre singularité cognitive en destin cosmique. La réalité, comme souvent, est un peu moins théâtrale.
L’intérêt de cette approche est justement de remettre un peu d’ordre dans un paysage devenu très confus : HPI, autisme, TDAH, dyslexie, double exceptionnalité… tout cela peut se croiser, se masquer, se compenser, ou se compliquer mutuellement. Autrement dit, un cerveau atypique n’est pas forcément un cerveau « supérieur », ni un cerveau « défaillant » : c’est d’abord un cerveau qui ne fonctionne pas tout à fait selon les standards statistiques du voisinage.
Ce que je trouve salutaire dans ce type de contenu, c’est qu’il évite, ou devrait éviter, deux erreurs symétriques : pathologiser toute différence, ou sacraliser toute différence. On peut avoir un fonctionnement très particulier sans être un prophète, un génie maudit, ni un grille-pain en panne. On peut aussi souffrir de ses décalages sans que cela retire quoi que ce soit à ses ressources.
Au fond, la question importante n’est peut-être pas : « Suis-je extraordinaire ? » mais plutôt : « Comment fonctionne exactement mon esprit, et comment puis-je mieux vivre avec lui ? » C’est moins flatteur pour l’ego, sans doute, mais nettement plus utile pour la suite.
Bref, la neuroatypie n’est ni un label de prestige ni un défaut de fabrication. C’est une autre architecture. Et comme pour toute architecture un peu originale, mieux vaut disposer du plan avant d’entreprendre les travaux.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire